Storytelling
Images et storytelling
Les projets 3D sont évalués selon un barème qui évoluera au fil du semestre (voir chapitre sur le déroulement des rendus). Dans un premier temps la propreté des
modélisations sera plus valorisée que leur qualité. Seront également évaluées la composition de l’image et l’originalité de la scène. Un point bonus est accordé si l’image raconte une histoire.
L’image raconte une histoire ?
Ce qui fait la différence entre une bonne image et une très bonne image se joue dans l’histoire qu’elle transporte. Les humains aiment qu’on leur raconte des histoires.
Il est facile de penser que seule une succession d’événements ou d’images (livre, bande dessinée, film, jeux vidéo) peuvent véhiculer une narration. Les images statiques n’en sont pourtant pas exclues.
Narration par l’espace
La narration de l’image passe par sa composition (premier plan, plan principal, arrière-plan), ses sujets (positions, regard, etc.), sa perspective, la sensation de mouvement qu’elle provoque, sa lumière (comme nous venons de le voir), ce qu’elle montre, mais également ce qu’elle ne montre pas !
Lorsque l’on produit une image statique, il est tentant de centrer notre sujet sur l’image et de l’isoler de ce qui l’environne. Dans le cas de la 3D, nous aurons parfois passé beaucoup de temps sur ces modélisations, et souhaitons que tout soit vu. Il ne faut cependant pas oublier que le monde, même s’il n’est pas modélisé, continue d’exister en dehors de notre scène. En plaçant nos objets au centre de l’image, nous empêchons le spectateur de faire sa projection mentale de ce qui existe dans le hors-champ.
Concernant encore une fois la 3D, il est tentant de reproduire des environnements parfaits, celle-ci nous le permet facilement. Cependant le monde ne l’est jamais totalement, et notre œil remarquera rapidement que quelque chose cloche. Ex. lorsque
l’on modélise une pièce, les habitants de cette pièce pourraient par exemple avoir laissé un peu de désordre. Lorsque l’on modélise une forêt, les arbres et les rochers n’ont pas tous la même taille, ni la même orientation, certains arbres sont peut-être morts, etc.
Narration par le temps
La narration existe grâce au temps (par le temps). Même s’il s’agit d’un instantané, l’image s’inscrit dans une temporalité. On la fige en l’extrayant du temps, mais ce qui se trouve sur notre instantané a existé avant l’image et a continué d’exister après l’image.
Lorsque l’on représente quelque chose, il faut garder cela en tête. Cela peut se traduire par des déformations suggérant le mouvement, des regards lancés ou des expressions faciales, des lignes de vitesse, etc. Ex. un foyer dont les braises sont encore rouges, indique que le feu a été allumé avant l’image (Logique ! Mais faut-il encore penser à le mettre en oeuvre !).
> Exemples concerts
Les illustrations suivantes ont été réalisées par Ismail Inceoglu entre 2015 et 2021. Les critiques qui sont faites ici ne sont pas esthétiques, mais purement narratives.


Dans les exemples ci-dessus, la narration est faible, il est difficile de saisir leur contexte. Pour ce qui est de la spatialisation : Le hors-champ est quasi inexistant, l’action qui se déroule à l’image est assez faible. La composition de l’image est bonne,
mais elle ne donne rien à voir. Pour ce qui est de la temporalité : Elles sont comme hors du temps, ce qui se passait avant l’image devait être identique à ce que l’on voit actuellement, et ce qui se déroulera après l’image le sera probablement aussi.


Dans les exemples ci-dessus, un début de narration commence à apparaitre, et il est plus facile de saisir leur contexte (un.e explorat.eur.rice découvre un lieu, revient sur un lieu, par ex.). Pour ce qui est de la spatialisation : Le hors-champ commence à s’installer, il est assez monotone, mais a le mérite d’exister. Il y a de l’action à l’image, on peut ressentir le mouvement du vent, le déplacement des oiseaux, le déplacement du personnage. Pour ce qui est de la temporalité : On peut imaginer que le personnage s’est déplacé jusqu’ici avant de découvrir / retrouver ce paysage. On peut imaginer qu’il ne va pas rester là éternellement et s’en ira ensuite. L’action reste assez faible.


Dans les exemples ci-dessus, la narration est forte et complexe (une personne vient d’être accidentée, un groupe de géant se prépare un repas, des personnes arrivent pour sauver leurs semblables). Pour ce qui est de la spatialisation : Le hors-champ est complètement là, en montrant moins de choses que sur les exemples de 2017, il augmente le potentiel de suggestion / projection de la personne qui visualise cette image. Pour ce qui est de la temporalité : On peut supposer que dans les deux cas, l’action principale vient d’avoir lieu (le feu vient de se produire, le repas est en cours de préparation). L’artiste laisse de la place à ce qui pourrait se produire après l’image, mais cette action parait complexe (plus que le personnage s’en va des exemples de 2017)
